Le moment d’agir, c’est maintenant : UNOC3 doit être à la hauteur des enjeux pour l’océan
La troisième Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3) approche à grands pas, avec pour objectif de renforcer l’ambition en matière de conservation et d’utilisation durable des ressources marines, en soutien à la mise en œuvre de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 14 des Nations Unies.
S’appuyant sur les deux précédentes Conférences des Nations Unies sur l’océan, l’UNOC3 réunira les gouvernements, le secteur privé, les organisations non gouvernementales (ONG) et la communauté scientifique afin de coordonner les efforts, renforcer les réseaux et annoncer de nouvelles actions en faveur de la santé des océans. Elle culminera avec le « Plan d’action pour l’océan de Nice » – une déclaration politique accompagnée d’une liste d’engagements. Mais la véritable question demeure : tiendra-t-elle ses promesses ou continuerons-nous à dériver ?
Avec pour thème principal « Accélérer l’action et mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement l’océan », la conférence représente une occasion incontournable de prendre le virage de la protection des océans. Elle doit entraîner un changement décisif dans l’action océanique, en particulier dans le secteur financier, au nom des milliards de personnes qui dépendent des mers pour leur sécurité alimentaire et leurs moyens de subsistance.
Actuellement, la santé de l’océan est en déclin alarmant, et nous continuons à aggraver la situation. Près de 38 % des stocks mondiaux de poissons sont surexploités, et pourtant, nous continuons à accorder des subventions aux flottes de pêche industrielle (OMC). Jusqu’à 199 millions de tonnes de plastique se trouvent déjà dans l’océan (PNUE), et nous y ajoutons jusqu’à 10 millions de tonnes supplémentaires chaque année (COI/UNESCO). Et bien que 8,3 % de l’océan mondial soit désigné comme aire marine protégée (AMP), seuls 2,8 % sont considérés comme probablement bien protégés. De nombreuses soi-disant AMP autorisent encore des pratiques destructrices comme le chalutage de fond, facilitées par des réglementations faibles et un manque de volonté politique. Ce n’est pas de la protection — c’est le statu quo. Nous ne pouvons pas continuer à faire semblant de protéger l’océan tout en le surexploitant pour des profits à court terme.
L’océan couvre 71 % de la surface de notre planète. Notre monde est bleu. Pour assurer l’avenir de l’humanité, nous devons comprendre qu’il ne peut y avoir de planète en bonne santé sans un océan en bonne santé. Nous devons agir avec audace et sans délai pour le protéger, et la troisième Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC3) représente la meilleure opportunité pour le monde d’y parvenir.
30×30 : À quoi s’attendre de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan 2025
Avec la France et le Costa Rica, co-hôtes de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC3), qui s’efforcent de produire un plan d’action ambitieux, nous devons :
- Terminer ce que nous avons commencé et achever les processus clés de gouvernance des océans
De la ratification du Traité sur les Hautes Mers (BBNJ) et la finalisation de l’Accord sur les subventions à la pêche de l’OMC, à un leadership national déterminé pour conclure un traité solide sur les plastiques et protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030, les principaux processus multilatéraux et efforts de protection sont en jeu. Pour finaliser et mettre en œuvre ces outils cruciaux, la conférence UNOC3 doit insuffler urgence et ambition, combler les lacunes nuisibles et mobiliser la volonté politique mondiale afin d’agir pour le bien-être de l’océan.
- Financer l’avenir : mobiliser des capitaux pour l’ODD 14 et l’économie bleue durable
Malgré l’attention portée à la situation critique des récifs coralliens lors des conférences de l’ONU sur la biodiversité et le changement climatique l’année dernière, les flux financiers destinés à leur protection restent dérisoires. Nous ne pouvons pas espérer maintenir un océan sain sans les récifs coralliens, dont dépendent 25 % des espèces de poissons pour leur existence. La conférence UNOC3 doit transformer ces paroles en actes concrets et en financements réels.
À la suite du Forum sur l’économie bleue et la finance (BEFF) qui s’est tenu à Monaco les 7 et 8 juin, UNOC3 doit veiller à ce que les décideurs politiques et les leaders commencent à orienter de manière exponentielle les financements vers une économie bleue durable. Il est temps que les ministres des finances et les investisseurs considèrent l’océan pour ce qu’il est réellement — non pas une victime, mais une solution clé face aux défis globaux existentiels. Rediriger les financements climatiques vers des solutions basées sur l’océan renforcera la résilience, la sécurité alimentaire et l’énergie propre pour les générations futures.
Je souligne que le Panel d’Action Océan 3 de l’UNOC3, intitulé « Mobiliser les financements pour les actions en faveur de l’océan dans le cadre de l’ODD14 », qui se tiendra le 10 juin, sera essentiel pour renforcer cette priorité. Le lendemain de la conférence, le Panel d’Action Ouvert 6, intitulé « Faire progresser des économies océaniques durables, un transport maritime durable et la résilience des communautés côtières sans laisser personne de côté », jouera également un rôle puissant.
- Alimenter les décisions par la connaissance : développer la science marine et l’accès aux données
Renforcer notre compréhension scientifique de l’océan sera essentiel au succès de l’UNOC3. Les co-organisateurs de la conférence en ont pris conscience en réunissant le Congrès scientifique One Ocean à Nice la semaine précédant la conférence, dont les conclusions consensuelles seront transmises à l’UNOC3.
Le panel d’action océanique 2 de l’UNOC3, intitulé « Renforcer la coopération scientifique liée à l’océan, les connaissances, le renforcement des capacités, la technologie marine et l’éducation pour consolider l’interface science-politique pour la santé des océans », devrait également mettre en lumière cette priorité. Il en sera de même pour le panel d’action océanique 7, « Exploiter les liens entre océan, climat et biodiversité ».
La connaissance des océans doit être démocratisée et traduite en politiques, avec la participation des communautés côtières, des peuples autochtones et des détenteurs de savoirs locaux à la table des décisions. Et ce que nous apprenons des résultats scientifiques sur les océans doit être transmis, par le biais de l’éducation à la littératie océanique qui doit imprégner les écoles et les universités du monde entier.
L’OPPORTUNITÉ POUR LE 30×30 À L’UNOC
Les deux conférences les plus récentes de l’ONU sur la biodiversité — la COP15 et la COP16 — ont tiré la sonnette d’alarme concernant la protection des océans. L’objectif convenu de protéger au moins 30 % des terres et des océans dans le monde d’ici 2030 (30×30), en partenariat avec les peuples autochtones et les communautés locales, est devenu l’un des résultats les plus reconnus de la COP15. Lors de la COP16, cet élan s’est poursuivi avec une journée d’action dédiée au 30×30 organisée dans la Zone Bleue, témoignant d’une volonté politique forte et croissante.
Avec seulement 8,3 % de l’océan actuellement désigné comme protégé, la conférence UNOC3 doit jouer un rôle déterminant pour concrétiser l’objectif 30×30 en faveur de l’océan. Sans aucun doute, les dirigeants auront une opportunité en or d’accélérer les progrès à un moment charnière en annonçant de nouvelles zones marines protégées lors de l’UNOC3, ainsi que les moyens financiers nécessaires à leur gestion.
De manière cruciale, nous ne réussirons pas à atteindre l’objectif 30×30 à moins que des aires marines protégées (AMP) soient établies en haute mer, où actuellement moins de 2 % des eaux internationales bénéficient d’une quelconque forme de protection. Heureusement, le Traité BBNJ, communément appelé Traité sur la haute mer, offre le tout premier cadre juridique mondial pour créer des AMP en haute mer. Avec 60 ratifications nécessaires pour que le traité entre en vigueur cette année, il est essentiel que les pays restants accélèrent leur ratification. Directement après, dans le cadre de l’objectif 30×30, l’établissement de la première génération d’AMP en haute mer pourra alors avancer.
MOBILISER LES PARTIES PRENANTES LORS DE L’UNOC POUR AGIR SUR LE 30×30
Pour que l’UNOC3 atteigne ses objectifs et soit à la hauteur de son thème central, nous devons nous mobiliser ensemble pour intensifier l’action. Chacun a un rôle à jouer. Les gouvernements doivent prendre leurs responsabilités, pas reculer. L’industrie doit investir dans la durabilité, pas dans la surexploitation. La société civile doit maintenir la pression. Et les recommandations du consensus scientifique doivent être appliquées, pas seulement citées.
L’UNOC3 est idéalement placé pour nous aider à tracer la voie vers un avenir durable. Il n’est un secret pour personne que l’Agenda 2030 pour le développement durable accuse du retard. L’UNOC3 est l’une de nos dernières meilleures chances pour remettre le cap à bon port.
Puisque nous ne pouvons pas avoir une planète en bonne santé sans un océan en bonne santé, il est dans l’intérêt de tous d’agir ensemble en faveur du 30×30. Avec seulement cinq ans restants, le moment d’agir est maintenant. Retarder, c’est renier.
Crédit image d’en-tête : Shaun Wolfe / Ocean Image Bank
About the author
Ambassador Peter Thomson is the UNSG’s Special Envoy for the Ocean, in which role he leads global support for the implementation of UN Sustainable Development Goal 14, to conserve and sustainably use the Ocean’s resources. He served as President of the UN General Assembly, 2016-17. He was Fiji’s Permanent Representative to the UN, 2010-2016, during which time he led the Executive Board of UNDP, UNFPA and UNOPS and was elected as President of the International Seabed Authority’s Assembly and Council. He is the founding Co-Chair of the World Economic Forum’s Friends of Ocean Action and is a supporting member of the High-Level Panel for Sustainable Ocean Economy. In recognition of his work on ocean issues, the University of Edinburgh and the University of Bergen have bestowed Honorary Doctorates on Ambassador Thomson. He is an officer of the Order of Fiji.
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