Protection des océans : combler les lacunes en matière de financement, d’ambition et de mise en œuvre
Alors que les dirigeants mondiaux se réunissent à Nice, en France, pour la Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC), notre nouveau rapport, The Ocean Protection Gap: Assessing Progress toward the 30×30 Target, lance un signal d’alarme : nous sous-investissons gravement dans la protection des océans, avec seulement 1,2 milliard de dollars alloués chaque année à la sauvegarde des mers.
Pour atteindre l’objectif 30×30 dans l’océan, il nous faut plus de 15,8 milliards de dollars par an.
Ce « fossé dans la protection des océans » ne se résume pas à un simple déficit financier ; il s’agit d’un défi multidimensionnel qui englobe le financement, l’ambition et la mise en œuvre. Il menace l’avenir de la biodiversité marine, compromet les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des communautés côtières, et aggrave les effets du changement climatique.
Combler ces lacunes ne permettrait pas seulement de protéger l’océan, mais représenterait également une opportunité de générer 85 milliards de dollars par an en retombées économiques et en coûts évités d’ici 2050. Grâce à des bénéfices tels que la protection des communautés côtières, la préservation et la restauration des écosystèmes capables de séquestrer le carbone, comme les herbiers marins, et le rétablissement des pêches surexploitées, nous pouvons inverser la tendance et permettre à l’océan de prospérer de nouveau.
LE DÉFICIT DE FINANCEMENT : UN INVESTISSEMENT AUX RETOMBÉES COLOSSALES
Le rapport révèle une réalité alarmante : le monde consacre moins de 10 % des fonds annuels nécessaires pour protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030 (objectif 30×30). Pour mettre cela en perspective, les 15,8 milliards de dollars requis ne représentent qu’une fraction des subventions néfastes accordées à la pêche à l’échelle mondiale.
Mais il ne s’agit pas seulement de chiffres. Protéger et conserver l’océan n’est plus uniquement un impératif écologique, c’est désormais une nécessité économique. Avec un investissement annuel de 15,8 milliards de dollars, nous pourrions éviter des dizaines de milliards en coûts environnementaux et sociaux, tout en créant une économie durable, équitable et régénératrice, fondée sur des écosystèmes marins sains et florissants.
Des pays comme le Belize, l’Indonésie et la Barbade expérimentent des mécanismes de financement innovants tels que les obligations bleues et les échanges dette contre nature, qui pourraient débloquer jusqu’à 18 milliards de dollars supplémentaires pour la protection des océans. Lorsqu’ils reposent sur des principes d’équité, de transparence et de gouvernance inclusive, ces mécanismes ont le potentiel de mobiliser des milliards de dollars pour la protection des océans — tout en soutenant les droits et le bien-être des communautés côtières et des peuples autochtones.
Si seulement dix pays réaffectaient leurs subventions à la pêche, le déficit de financement pourrait être entièrement comblé.
Notre message est clair : les pays à revenu élevé doivent tenir leurs promesses en fournissant 30 milliards de dollars par an pour le financement de la biodiversité dans les pays en développement d’ici 2030 et réorienter leurs subventions à la pêche. Au-delà des importants retours économiques liés à l’évitement des coûts environnementaux et sociaux, cet investissement est essentiel pour l’avenir de notre planète et des communautés dont les vies et les cultures dépendent d’un océan prospère.
LE DÉFICIT DE MISE EN ŒUVRE : UN RECUL DANS LE CONTEXTE DE LA CRISE CLIMATIQUE
Le rapport révèle que les progrès en matière de protection marine à l’échelle mondiale sont trop lents et risquent de s’essouffler. À l’échelle mondiale, bien que 8,6 % des océans soient déclarés protégés, seulement 2,7 % bénéficient d’une protection effective contre les pratiques nuisibles, et de nombreuses zones marines protégées (ZMP) ne sont protégées que sur le papier.
Cela met en lumière un problème crucial : les promesses sur le papier ne valent rien sans application et gestion concrètes sur le terrain. La charge de la conservation et de la protection des océans ne doit pas non plus reposer de manière disproportionnée sur les pays et communautés les plus vulnérables au changement climatique et les plus dépendants d’un environnement marin sain.
Le Traité sur les Hautes Mers (Accord BBNJ) représente une opportunité cruciale, car il offre un mécanisme pour établir des zones marines protégées dans les espaces situés hors de la juridiction nationale. Cependant, avec encore 29 ratifications nécessaires sur les 60 requises pour que le Traité entre en vigueur, les gouvernements doivent agir avec urgence pour concrétiser ce cadre juridique.
LE DÉFICIT D’AMBITION : LES ENGAGEMENTS POUR LES OCÉANS SONT INSUFFISANTS
Alors que certains pays comme Palau et le Royaume-Uni ont désigné plus de 30 % de leurs eaux comme protégées, beaucoup d’autres sont en deçà des objectifs. Seule une fraction des nations côtières à revenu élevé — environ un quart — a établi des objectifs clairs et assortis d’échéances pour la protection marine, en accord avec la cible 30×30. Sans un leadership renforcé de leur part, l’élan mondial risque de s’essouffler encore davantage.
Le rapport met en garde : l’ambition sans action reste vide de sens. Nous disposons de la science, des outils et des accords mondiaux, mais sans un leadership politique audacieux et une montée en puissance rapide de l’ambition, du financement équitable et de la mise en œuvre, la promesse du 30×30 restera inachevée.
TRANSFORMER LES PAROLES EN ACTION, POUR L’OCÉAN
Les conclusions de ce rapport constituent un appel direct aux gouvernements à l’approche de l’UNOC et au-delà. Voici cinq actions prioritaires qui doivent être entreprises :
- Intégrer la protection des océans dans les plans nationaux de développement : reconnaître la valeur de l’océan non seulement en matière de conservation, mais aussi en termes économiques, de droits humains, de santé et de résilience climatique. Les pays doivent intégrer la conservation et la protection des océans dans leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN), leurs Stratégies Nationales de Biodiversité (SNB) et leurs plans économiques.
- Ratifier les accords internationaux clés : les pays doivent ratifier rapidement et mettre en œuvre le Traité sur les Hautes Mers ainsi que l’Accord de l’OMC sur les subventions à la pêche, afin de créer des cadres visant à interdire les subventions nuisibles, gérer la biodiversité des hautes mers et soutenir une gouvernance océanique équitable.
- Fixer et atteindre des objectifs 30×30 efficaces : s’engager sur la qualité, l’efficacité et l’équité, et pas seulement sur des chiffres bruts. Un suivi transparent et des données standardisées permettront de rendre les pays responsables et de stimuler les progrès.
- Mobiliser et accroître les financements : des réformes des subventions nuisibles à l’expansion d’outils de financement innovants et équitables, les gouvernements et les institutions financières doivent débloquer des milliards de dollars pour protéger l’océan.
- Mettre l’équité et l’inclusion au cœur des actions : les peuples autochtones et les communautés locales ne sont pas de simples parties prenantes, mais des gardiens de l’océan. Leurs savoirs, leurs droits et leur leadership doivent être au centre des efforts de protection marine.
EN CONCLUSION : L’OCÉAN NE PEUT PLUS ATTENDRE
Le rapport Ocean Protection Gap livre un message clair mais porteur d’espoir : l’océan est en crise, mais nous savons ce qu’il faut faire et les bénéfices d’une action sont énormes. Les gouvernements doivent faire preuve d’un leadership audacieux, renforcer leur ambition, financer les efforts et mettre en œuvre une protection réelle et effective sur le terrain.
Il ne s’agit pas seulement d’atteindre un objectif. Il est question de garantir la sécurité alimentaire, la biodiversité, les droits humains et la stabilité économique mondiale. À l’approche de la Conférence des Nations Unies sur les océans, le monde doit exiger que les gouvernements intensifient leurs efforts et comblent ces lacunes avant qu’il ne soit trop tard.
L’océan nous soutient tous. Maintenant, c’est à nous de le soutenir.
Le rapport a été rédigé par Systemiq et produit en partenariat avec le Bloomberg Ocean Fund, SkyTruth, Marine Conservation Institute, Campaign for Nature, WWF International et RISE UP, en association avec la campagne Together for the Ocean.
About the authors
Sivaja Nair is a social scientist working at the intersection of ocean governance, climate justice, and community rights. She focuses on advancing inclusive, rights-based approaches to marine protection and small-scale fisheries governance. Her work emphasizes the leadership of Indigenous Peoples, women, youth and local communities in achieving equitable and climate-resilient ocean futures.
Pauli MerrimanPauli Merriman is the Head of Policy for WWF International's Global Oceans Practice, where she leads collaborative efforts across WWF’s global network and with external partners to advance a shared policy agenda and drive impactful ocean conservation at national, regional, and global levels. Her work spans a broad range of advocacy efforts to promote healthy and resilient ocean ecosystems for the benefit of people and nature.
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