CBD COP16 repris : un tournant pour la biodiversité ?
À la clôture de la seizième Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB COP16) à Cali, en Colombie, une longue ovation debout a été donnée. Dans une époque marquée par la fragmentation géopolitique et les contraintes financières, les nations ont atteint un consensus historique pour faire avancer la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal (KMGBF), un accord majeur visant à arrêter et inverser la perte de biodiversité sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce et marins d’ici 2030.
Parmi les principales réalisations figuraient la création d’un nouveau fonds pour le partage des bénéfices issus des données génétiques, la mise en place d’un organe subsidiaire dédié aux peuples autochtones et aux communautés locales, ainsi qu’un nouveau processus pour identifier les zones marines d’importance écologique et biologique. Cependant, avec des points clés à l’ordre du jour — notamment le financement de la biodiversité — laissés sans résolution, les dirigeants ont dû se réunir à nouveau à Rome du 25 au 27 février 2025, où les enjeux étaient élevés.
Organisées au siège de la FAO, ces dernières discussions ont porté sur les éléments manquants : l’accord sur une stratégie de financement, la finalisation du cadre de suivi pour le KMGBF, et la garantie que les engagements ambitieux se traduisent par des actions concrètes. Malgré certains progrès depuis la COP15, comme la création de nouvelles zones marines protégées (ZMP) en République dominicaine, au Canada, en Australie, au Chili et aux Açores, le rythme du changement reste trop lent.
Voici mes principales conclusions de la COP16.2 :
ASSURER LE FINANCEMENT DE LA BIODIVERSITÉ : UN ACCORD HISTORIQUE
L’une des avancées les plus importantes à Rome a été l’accord des Parties à la Convention sur une voie à suivre en matière de mobilisation des ressources, visant à combler le déficit mondial de financement de la biodiversité et à atteindre l’objectif de mobiliser au moins 200 milliards de dollars US par an d’ici 2030, dont au moins 20 milliards de dollars US par an en flux internationaux vers le Sud global d’ici 2025, montant à 30 milliards de dollars US d’ici 2030. Ce financement est essentiel pour combler le déficit de financement de la biodiversité et concrétiser les objectifs de restauration.
Une partie particulièrement importante de cette feuille de route a également été l’accord pour convoquer le tout premier dialogue entre ministres de l’Environnement et ministres des Finances. C’est ce leadership politique de haut niveau qui est nécessaire pour impulser un changement de politique et garantir que le financement de la nature soit intégré dans les politiques principales. Cet accord a été obtenu malgré les contraintes financières, notamment les récents gels de l’aide étrangère de donateurs clés de la biodiversité tels que les États-Unis, ainsi que les réductions budgétaires de certains pays européens. Cependant, la réalité est cruelle : seulement 383 millions de dollars ont été promis jusqu’à présent au Fonds du Cadre mondial pour la biodiversité, et nous avons besoin que les dirigeants mettent rapidement en œuvre cette feuille de route.
L’argument économique en faveur de la restauration est clair : chaque dollar investi dans la restauration des écosystèmes génère jusqu’à 30 dollars de retour. Pourtant, atteindre l’objectif 30×30 (protéger au moins 30 % des terres et des océans mondiaux d’ici 2030) nécessite des efforts mondiaux soutenus et coordonnés. À cette fin, de nouveaux mécanismes financiers tels que le Fonds Cali ont été introduits, visant à mobiliser des financements publics, des contributions du secteur privé, des ressources philanthropiques et des solutions de financement mixte. Le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), qui a déjà approuvé plus de 3 milliards de dollars pour le KMGBF, reste au cœur du financement de la biodiversité, complété par le Fonds du Cadre mondial pour la biodiversité (FCMB) nouvellement créé. Une part importante de ces fonds soutiendra les peuples autochtones et les communautés locales, reconnaissant leur rôle vital dans la conservation.
Cet engagement financier marque un tournant : le financement de la biodiversité n’est plus une promesse à court terme, mais un investissement durable pour la santé de la planète, des populations et de la faune — aussi bien sur terre que dans les océans.
RENFORCER LA RESPONSABILITÉ : SUIVRE LES PROGRÈS EN MATIÈRE DE BIODIVERSITÉ
Fixer des objectifs ambitieux est une chose, mais garantir des progrès mesurables en est une autre. La COP16.2 a renforcé la responsabilité en affinant le Mécanisme de planification, de suivi, de rapport et d’évaluation (PMRR), assurant que tous les pays suivent les progrès en matière de biodiversité à l’aide d’indicateurs harmonisés. Le cadre de suivi de la COP16 récemment finalisé (CBD/COP/16/L.26) offre transparence et responsabilité, avec pour objectif clé de restaurer au moins 30 % des écosystèmes d’eau douce, marins et terrestres dégradés d’ici 2030.
Le Cadre de suivi de la restauration des écosystèmes (FERM) collectera des données mondiales sur les efforts de restauration, tandis qu’un processus structuré d’évaluation globale a été mis en place pour la COP17 en Arménie (2026). Cela garantit que tous les acteurs, y compris les gouvernements, les communautés autochtones, la société civile et le secteur privé, soient alignés dans leurs engagements en faveur de la biodiversité.
Cependant, des défis persistent. Près de 75 % des pays n’ont pas encore soumis leurs Stratégies nationales pour la biodiversité et leurs Plans d’action (SNBPA) — une exigence clé pour suivre les progrès. Sans action urgente, les objectifs mondiaux en matière de biodiversité risquent de ne pas être atteints.
UNE VICTOIRE POUR L’OCÉAN : PROTÉGER LA BIODIVERSITÉ MARINE
L’océan a été au cœur des discussions lors de la COP16, renforçant les engagements envers l’objectif 30×30 visant à protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030. Les délégués se sont accordés sur une meilleure intégration entre la Convention sur la diversité biologique (CDB) et le Traité des Hautes Mers, consolidant la biodiversité marine comme un pilier clé des stratégies mondiales en matière de climat et de conservation.
Un résultat majeur de la COP16 a été la création d’un nouveau processus pour identifier les Zones Marines d’Importance Écologique et Biologique (ZMIEB). Ceci est crucial pour la gestion des ressources océaniques, garantissant que les zones marines protégées soient désignées scientifiquement et efficacement appliquées.
La focalisation renouvelée sur la biodiversité marine influencera directement les discussions lors de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC) à Nice (juin 2025) et de la COP30 à Belém (novembre 2025), créant un élan en faveur de la protection de la biodiversité océanique, notamment autour des initiatives sur le carbone bleu et des solutions de financement intégrées pour la conservation marine.
REGARD VERS L’AVENIR : LA ROUTE VERS LA COP17 ET AU-DELÀ
Alors que la COP16 touche enfin à sa fin, un sentiment à la fois de célébration et d’urgence se fait sentir. La conférence a réaffirmé la force du multilatéralisme, démontrant que la coopération mondiale peut produire des résultats concrets pour la restauration de la biodiversité, même en période de tensions géopolitiques — et je tiens à remercier les négociateurs et ministres qui ont contribué à rendre cela possible.
Rome a posé les bases, mais le véritable défi reste à venir. Avec une voie plus claire concernant le financement, les objectifs de restauration et le suivi, le défi désormais est l’exécution. Les engagements financiers doivent se traduire par des actions concrètes, les plans nationaux ambitieux pour la biodiversité doivent être soumis de toute urgence, et la mise en œuvre doit s’accélérer si le monde veut atteindre les objectifs 30×30.
Verrons-nous la transformation nécessaire à temps ? Nous devons tenir nos dirigeants responsables et faire pression pour des progrès tangibles dans la restauration de la biodiversité de notre planète. Gouvernements, entreprises et société civile doivent collaborer pour transformer les accords en impacts concrets pour la conservation. Notre crise de biodiversité n’exige rien de moins, et le temps presse.
Crédit de l’image d’en-tête : IISD/ENB | Mike Muzurakis
About the author
For more than two decades, Brian O’Donnell has been a leading conservationist. He is the Founder and Director of the Campaign for Nature (CfN), a global advocacy group that was instrumental in building international support for the global target of protecting and conserving at least 30% of the earth’s lands and waters by 2030, which was adopted at the Convention on Biological Diversity COP15. As part of these efforts, CfN helped establish the High Ambition Coalition for Nature and People – now the world’s largest inter-governmental body focused on 30x30. Brian continues to lead Campaign for Nature’s strategy development and drives its work to implement 30x30, significantly increase nature finance, and ensure the rights of Indigenous Peoples and Local Communities are recognised and respected in conservation efforts. In 2024, he was named as a Climate 100 leader in recognition of these efforts. From 2007 through early 2017, Brian worked as the Executive Director of the Conservation Lands Foundation. Brian Led the foundation’s efforts to protect, restore, and expand the U.S. National Conservation Lands. At CLF, Brian led a campaign that protected millions of acres of land, such as National Monuments in Nevada, California, Utah, New Mexico, and several other states. Prior to joining CLF, Brian was the National Public Lands Director for Trout Unlimited (TU). He led TU’s efforts to protect U.S. National Forest Roadless Areas, permanently protect more than a million acres in the Wyoming Range, and secure Oregon’s Copper-Salmon Wilderness. Brian also worked for The Wilderness Society, where he led campaigns resulting in the congressional designation of the Black Rock Desert and Sloan Canyon National Conservation Areas. Throughout his career, Brian has worked with Indigenous peoples and local communities to support their conservation agendas. Brian has a degree in economics from Rollins College. Brian was a member of the inaugural class of Presidential Leadership Scholars (www.presidentialleadershipscholars.org).
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