Gardiens du Pacifique : des solutions communautaires pour la protection des océans
Ayant grandi à Samoa, une nation insulaire bordée par un vaste horizon bleu, j’ai appris très tôt que l’océan est notre donneur de vie et le gardien de nos histoires ; le cœur des cultures samoane et des autres îles du Pacifique. En grandissant, j’ai compris que l’océan, qui nous nourrit, a aussi le pouvoir de causer notre destruction. La crise climatique alimentée par les émissions de gaz à effet de serre détruit des communautés et des écosystèmes. L’océan Pacifique n’est plus pour moi cet ami paisible qu’il était autrefois, et le destin de ma terre natale — ainsi que de nombreuses autres îles du Pacifique — n’a jamais paru aussi incertain.
POURQUOI NOUS AVONS BESOIN DE PROTÉGER L’OCÉAN
Un océan en bonne santé soutient la vie bien au-delà du Pacifique : il couvre plus de 70 % de notre planète, produit plus de la moitié de l’oxygène sur Terre, régule notre climat et nourrit des milliards de personnes — et pourtant, seulement environ 8 % sont officiellement protégés par les gouvernements et les décideurs du monde entier.
Les communautés insulaires sont les plus durement touchées par le dérèglement climatique et ses conséquences, bien que les petits États insulaires en développement du Pacifique (PEID) ne contribuent qu’à moins de 1 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Elles subissent une crise qu’elles n’ont pas créée et, malgré l’immensité de l’océan, celui-ci montre déjà des signes de stress. Les températures augmentent, la fonte des glaces alimente la montée du niveau de la mer et l’érosion des côtes, tandis que les tempêtes et les marées exceptionnellement hautes — dites « marées royales » — sont plus fortes et plus fréquentes. Parallèlement, le surplus de dioxyde de carbone dans l’atmosphère acidifie les mers, endommageant des habitats marins cruciaux pour la sécurité alimentaire et la santé de la planète entière.
Lorsque j’ai commencé mon engagement pour le climat à Samoa, je pensais que mes amis et moi étions seuls dans ce combat. J’ai vite découvert que mes frères et sœurs du Pacifique luttaient eux aussi pour leurs îles, montrant la voie en renforçant la résilience et en développant des solutions innovantes pour protéger à la fois les populations et la nature. À la fin de cet article, j’espère que vous ressentirez le poids de notre réalité climatique, tempéré par l’espoir et la détermination de nos guerriers de l’océan qui se battent pour sa protection.
ACTION COMMUNAUTAIRE DANS LE PACIFIQUE
Récemment, j’ai exploré cinq îles du Pacifique pour réaliser le documentaire The Forgotten Pacific, rencontrant des habitants locaux pour découvrir leur combat pour s’adapter et la richesse de leurs vies en pleine évolution.
Tuvalu : les petits atolls qui utilisent les mangroves comme défense naturelle
Tuvalu est un lieu d’une beauté immense — eaux d’un bleu cristallin, végétation luxuriante et certains des sourires les plus chaleureux que vous puissiez rencontrer. Pourtant, c’est aussi l’une des nations les plus vulnérables au monde, souvent appelée « l’Île qui coule », car les scientifiques prédisent qu’elle pourrait être l’une des premières à être submergée par la montée du niveau de la mer.
Tuvalu porte le fardeau d’une crise principalement causée par les industries des combustibles fossiles à l’autre bout du monde — des industries qui ne savent peut-être même pas prononcer « Tuvalu ». L’érosion côtière s’intensifie, emportant les terres ancestrales, tandis que les marées royales et les cyclones deviennent plus violents, endommageant les infrastructures et la biodiversité de cette nation d’atolls. Les pêcheries sont affectées, l’intrusion d’eau salée détruit les cultures et la végétation, et les sécheresses rendent l’eau douce rare. Que faire quand votre île est engloutie par les eaux, mais que vous n’avez pas assez d’eau à boire ?
Mais les Tuvaluans ne baissent pas les bras. Ils se tournent vers les mangroves comme défense naturelle contre la montée des marées. Le groupe de jeunes local Foulinga Fou mène un projet de restauration, plantant des rangées de mangroves le long de leurs côtes fragiles. Ces systèmes racinaires entrelacés et résistants aident à renforcer et à lier le sol pour résister aux grandes vagues, protégeant ainsi les communautés locales. Ils offrent également des habitats pour les poissons et les crabes — une source essentielle de nourriture et de subsistance. Plutôt que de dépendre de digues coûteuses et écologiquement nuisibles, les Tuvaluans puisent dans le savoir indigène en matière de plantation et restaurent les écosystèmes mêmes qui ont autrefois soutenu leurs ancêtres.
Pourtant, les questions de demain restent en suspens : si le niveau de la mer continue de monter, les Tuvaluans devront-ils se reloger ailleurs ? Le traité Falepili Union offre une voie pour certains vers la migration en Australie — pourtant, abandonner des milliers d’années de culture et d’histoire semble inimaginable pour beaucoup. En réponse, Tuvalu a lancé le projet Future Now, visant à recréer numériquement la nation pour préserver son héritage culturel et sa souveraineté, bien que le poids émotionnel de la perte de leur terre reste lourd. Pour l’instant, les mangroves symbolisent une résistance porteuse d’espoir et illustrent le rôle crucial de laisser à la nature l’espace et le temps nécessaires pour se protéger.

Île Leleuvia : plantation de coraux résistants au climat
À travers le Pacifique, aux Fidji, les habitants de l’île Leleuvia adoptent une autre approche audacieuse : planter des coraux résistants à la chaleur capables de survivre dans des eaux plus chaudes. Les récifs coralliens protègent les villages côtiers des cyclones en servant de brise-lames naturels et fournissent du poisson aux communautés locales, mais la montée des températures de la mer a provoqué un blanchissement massif des coraux. Lorsque les coraux sont stressés par des températures élevées, ils expulsent les algues qui leur fournissent à la fois des nutriments et une couleur vibrante, transformant ainsi les récifs autrefois prospères en squelettes blancs fantomatiques.
À Leleuvia, Seru Saumakidonu et son équipe ont lancé un projet de pépinière et de restauration de coraux destiné à réhabiliter les coraux blanchis. Tout d’abord, ils récoltent les coraux endommagés sur les récifs fragilisés et les cultivent dans une pépinière protégée proche du rivage. Après avoir suivi la croissance des coraux, ils les déplacent vers un « Jardin d’Éden », une zone aux courants plus frais et à des niveaux de nutriments plus élevés. Une fois que les coraux ont récupéré, ils sont transplantés sur des structures coralliennes mortes en pleine mer, leur permettant ainsi de croître et de repeupler naturellement.
Une découverte particulièrement enthousiasmante est une variété de corail connue sous le nom de « Pink Lady ». Ce corail résistant à la chaleur a survécu au blanchissement récent et est devenu la pierre angulaire de la stratégie de restauration des récifs à Leleuvia. En plantant davantage de ces espèces résistantes, les communautés peuvent protéger leurs récifs contre les futures poussées de température, soutenant ainsi la biodiversité et les moyens de subsistance liés aux écosystèmes coralliens en bonne santé.

INFLÉCHIR LA TENDANCE VERS LE 30×30 DANS L’OCÉAN
Bien que Tuvalu et Leleuvia illustrent des réponses locales, chacun raconte une histoire globale. Plus de trois milliards de personnes dépendent de l’océan pour leur subsistance, et une biodiversité marine saine soutient toute vie sur Terre. L’océan est notre plus grand allié contre le changement climatique, car il absorbe environ un quart des émissions de dioxyde de carbone causées par l’homme et 90 % de la chaleur excédentaire.
Un océan prospère et abondant est à notre portée, mais seulement si nous agissons de manière décisive. Scientifiques et défenseurs de l’océan appellent à protéger au moins 30 % de l’océan d’ici 2030, un objectif qui a gagné en élan mais qui reste encore loin d’être pleinement mis en œuvre. Alors que le changement climatique s’accélère, le fossé entre les promesses politiques et la protection effective, sur le terrain et dans l’eau, demeure important.
Nous devons accélérer les efforts pour désigner, gérer et faire respecter les aires marines protégées (AMP) qui préservent la biodiversité et soutiennent le bien-être des communautés côtières. Il est urgent de mettre en œuvre le nouveau Traité sur les Hautes Mers, qui étendrait la protection aux vastes étendues d’eaux internationales situées au-delà de la juridiction de tout État.
Il est tout aussi important de reconnaître la gestion indigène. Les peuples du Pacifique, ainsi que de nombreuses autres communautés indigènes côtières à travers le monde, ont géré les ressources marines de manière durable pendant des générations. Leurs voix et leur leadership doivent être au cœur de toute initiative de conservation réussie. Nous sommes les gardiens du plus grand océan du monde et avons une responsabilité profonde de le protéger. Pour beaucoup dans le Pacifique, la protection et la conservation des océans déterminent si nos îles auront un avenir — ou deviendront simplement des notes historiques.
VAGUES D’ACTION ET D’ESPOIR
Une question qu’on me pose souvent est : « Pourquoi croyez-vous en l’avenir de votre île ? » et ma réponse est simple : j’ai une vision parce que mon grand-père a une mémoire. Nos ancêtres ont survécu et prospéré en harmonie avec l’océan. Cette vision d’un Pacifique sain et vibrant n’est pas seulement un rêve — c’est un souvenir partagé d’un monde qui a déjà existé et qui, dans bien des endroits, existe encore.
Nous n’accepterons pas un avenir où nos terres ancestrales disparaissent. Nous ne nous laisserons pas submerger. Nous prenons les choses en main, mais les communautés locales du Pacifique ne peuvent pas porter ce fardeau seules.
Nous avons besoin d’une montée en puissance de l’action mondiale. Les gouvernements doivent tenir leurs engagements de protéger au moins 30 % des océans d’ici 2030 et investir dans la science, les ressources et les moyens de contrôle nécessaires pour que ces protections soient concrètes et efficaces. Les voix des peuples autochtones et des communautés locales doivent être au cœur des décisions, afin que la conservation des océans s’harmonise avec leur culture et leurs droits. Et chaque personne — où qu’elle vive et quelle que soit sa relation à la mer — doit comprendre que la santé des océans est indissociable de la nôtre et de celle de notre planète.
Nous devons nous unir pour l’océan, afin qu’il reste résilient, abondant et plein de vie pour les générations à venir.
About the author
Brianna Fruean, a Samoan climate change activist and environmental advocate, has been dedicated to environmental causes from a young age. At 11, she became a founding member of the Samoan chapter of 350.org. The Secretariat of the Pacific Regional Environmental Programme (SPREP) selected her as their first-ever youth ambassador, and she served as the youth representative for Samoa during COP21 and the Paris Agreement negotiations. Fruean's continued climate activism was recognized in 2022 with a Global Citizen Prize, and she was also named a Champion for the Fossil Fuel Non-Proliferation Treaty. She continues to elevate young Pacific voices in the climate space as the youth representative on the Council of Elders for the Pacific Climate Warriors.
Contenu connexe
Protection des océans : combler les lacunes en matière de financement, d’ambition et de mise en œuvre
Le moment d’agir, c’est maintenant : UNOC3 doit être à la hauteur des enjeux pour l’océan
UNOC : Pour atteindre les ambitions mondiales en matière d’océan, finançons les solutions locales
Partager cet article
en utilisant #ForTheOcean