Suivi des navires : comment la technologie numérique peut aider à protéger 30 % des océans d’ici 2030
L’océan est vital à la vie sur Terre. Pourtant, une grande partie de ce qui se passe en mer reste cachée. Une étude majeure publiée par Global Fishing Watch en 2024 a révélé qu’environ 75 % des navires de pêche industrielle n’apparaissent pas dans les systèmes publics de surveillance des navires. Cette zone d’ombre extraordinaire expose l’océan à des risques importants liés à la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, à la destruction de l’environnement et aux atteintes aux droits humains. C’est pourquoi l’accent mis cette année sur les océans numériques lors de la 10e conférence Our Ocean à Busan, en République de Corée, est si crucial. Les avancées technologiques actuelles marquent une révolution numérique en mer — une transformation vers un espace commun ouvert et transparent qui peut enfin nous aider à visualiser l’intégralité des activités humaines en mer. Des percées technologiques telles que les satellites, l’intelligence artificielle et les données ouvertes nous permettent de cartographier davantage l’océan que jamais auparavant. Cependant, malgré cette visibilité sans précédent sur l’activité humaine en mer, des lacunes importantes subsistent dans le suivi des navires.

LE RÔLE DU SUIVI DES NAVIRES DANS L’ATTEINTE DE L’OBJECTIF 30X30 POUR L’OCÉAN
Le suivi des navires joue un rôle essentiel pour aider les gouvernements à gérer durablement les pêcheries, soutenir les pêcheurs artisanaux et garantir que les aires marines protégées (AMP) soient effectivement protégées. Alors que de plus en plus de zones protégées et conservées sont désignées à travers le monde pour atteindre les ambitieux objectifs 30×30, il est crucial de fournir aux autorités les outils adaptés pour les surveiller efficacement et appliquer correctement les règles. Sans la technologie de suivi des navires et la capacité de les localiser en quasi temps réel, les autorités se retrouvent à courir après des ombres, incapables de mener des patrouilles efficaces ou d’appliquer la loi. La protection de l’avenir de l’océan dépend non seulement de la technologie, mais aussi des cadres politiques et législatifs adéquats pour soutenir sa mise en œuvre.
Le problème de fond est que le système mondial actuel de suivi des navires est fragmenté. Développé de manière ad hoc au fil du temps par un patchwork d’États, d’organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) et d’organismes internationaux, les réglementations sur le suivi des navires sont appliquées de manière incohérente, voire parfois pas du tout mises en œuvre. En fait, seulement 2 % des quelque 2,9 millions de navires de pêche dans le monde sont actuellement équipés d’un système d’identification automatique (AIS) — l’une des technologies majeures utilisées pour suivre les navires de pêche industriels. Pourtant, ces navires sont responsables de plus de la moitié de l’effort de pêche réalisé à plus de 100 milles marins des côtes, ainsi que jusqu’à 80 % de la pêche en haute mer. Cette incohérence dans le suivi des navires crée un vide réglementaire, compromettant une gestion efficace des pêcheries, empêchant la diligence raisonnable dans les chaînes d’approvisionnement, menaçant la biodiversité et mettant en danger la sécurité des pêcheurs.

UN APPEL À L’ACTION POUR LA CONFÉRENCE SUR L’OCÉAN ET AU-DELÀ
La bonne nouvelle, c’est que nous disposons des outils et des technologies pour changer cela. Mais d’abord, nous avons besoin que les gouvernements du monde entier fassent du suivi public des navires une norme plutôt que l’exception. À Busan, Global Fishing Watch appelle les États à soutenir l’établissement d’un accord international contraignant — ainsi que des mesures nationales et régionales compatibles — qui exige que les navires de pêche opérant en dehors des eaux de leur État de pavillon soient suivis publiquement. Alors que la 10e Conférence Our Ocean marque une transition des engagements vers l’action, nous avons besoin que les gouvernements acceptent que la technologie numérique fait la différence entre succès et échec. Et nous ne pouvons pas nous permettre d’échouer.
La révolution numérique n’est que la première étape de notre parcours vers la réalisation d’un océan ouvert. Il appartient désormais aux gouvernements de tirer parti des outils de pointe et de développer de nouvelles politiques qui exploitent cette technologie pour le meilleur. Un accord contraignant sur le suivi des navires est une étape cruciale dans cette direction. Ce n’est qu’en adoptant la technologie et en s’engageant en faveur de la transparence que nous atteindrons l’objectif 30×30 et garantirons que l’océan soit sain, résilient et riche en ressources pour les années à venir.
About the authors
As chief executive officer of Global Fishing Watch, Tony Long brings a wealth of maritime security, conservation and leadership experience to his role. Before joining Global Fishing Watch in 2017, he directed The Pew Charitable Trusts’ global campaign to end illegal fishing, leveraging an ambitious combination of policy, technology and enforcement tools. Long joined the nonprofit sector after 27 years with the British Royal Navy where he commanded HMS BLYTH and HMS MONMOUTH. He later taught at the Defence Academy of the United Kingdom and provided planning and policy support to the head of the Navy and government ministers.
Paolo DomondonPaolo Domondon leads Global Fishing Watch’s global program team and policy initiatives, collaborating with governments and agencies around the world to advance ocean governance through increased transparency of fishing and other human activity at sea. Prior to joining Global Fishing Watch, Domondon served as the senior director of policy and partnerships at Rare, a global nonprofit organization dedicated to shifting practices and behaviors to protect the planet. Throughout his career, Domondon has worked to advance environmental and social justice issues spanning good governance, sustainable fisheries and a healthy ocean, biodiversity and climate change.
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